Invité d’honneur, le monde de l’art est convié à la table de la famille Taittinger. Une influence qui s’inscrit dans l’univers de la maison, et a permis à la Taittinger Collection de voir le jour. Cette collaboration où treize artistes de la scène contemporaine ont habillé les plus prestigieux millésimes au fil des années, dans un écrin à l’image de leurs œuvres. Plus que des bouteilles, une galerie.

Avant de goûter, on voit. Le champagne est un plaisir des papilles, et si l’on peut admirer sa robe et la frénésie de ses bulles une fois dans notre coupe, il n’en est pas tant lorsqu’il est encore sous couvert. Un flacon qui se doit d’être au reflet de son élixir, tout particulièrement quand l’on parle de millésimes. L’exercice est de taille, mais plus qu’un contenant esthétique, il est important pour la famille Taittinger que ses bouteilles parviennent à transmettre les valeurs de partage, de festoiement, mais aussi l’esprit d’ouverture qui anime ses membres. La surface de verre s’est donc parée depuis 1983, des créations d’artistes contemporains, faisant de la bouteille un socle d’inspiration pour son concepteur et le vecteur de formes d’expressions variées.

Le monde des artistes
Dès le début des années cinquante, l’idée germe. À cette époque, Claude Taittinger, fils du fondateur Pierre Taittinger, entreprend son premier voyage aux États-Unis pour y faire découvrir leur champagne. Il fait, à cette occasion, la rencontre de Rudy Kopf, futur partenaire pour la diffusion outre-Atlantique. « Dans le monde de demain, il n’y aura de place que pour les géants et les artistes. Quelle position choisissez-vous pour le champagne Taittinger ? » demande-t-il alors à Pierre. « Les artistes ! » lui dit-il. Une réponse franche et sans équivoque qui scellera l’alliance entre Taittinger et les arts tout au long du développement de la griffe champenoise. Vitalie et Pierre-Emmanuel Taittinger, la fille et le père, respectivement présidente et président d’honneur, nourrissent tous deux ce même engouement pour le milieu artistique aujourd’hui, et l’entremêlent au quotidien dans l’ADN de la marque.

Sebastião Salgado X Champagne Taittinger (2016)

En 1983, Victor Vasarely amorce alors le projet. Véritable icône culturelle à ce moment, l’artiste est notamment célèbre pour ses effets visuels déroutants, se jouant de la géométrie comme de notre rétine. Il parvient à créer du mouvement grâce aux perceptions et initie en ce sens l’art optique, puis cinétique. Il va habiller le millésimé 1978 d’une peau dorée sur laquelle vient s’apposer une étiquette trompe l’œil aux formes ovales, devenant de plus en plus imposantes à mesure qu’une bulle invisible les pousse en dehors de la bouteille. La première édition d’une série de treize créations, dont la dernière fut confiée en 2016 aux soins du photographe franco-brésilien Sebastião Salgado pour le millésime 2008. Cadette en date, mais non pas dénuée de caractère, elle arbore frontalement le regard d’un léopard, dédoublé dans le reflet de l’eau où il s’abreuve. En noir et blanc, ce cliché saisit dans la vallée de Barab River au Damaraland, en Namibie, est l’un des hommages que rend l’artiste à la nature, à la planète. Une position contextuelle des plus actuelles, qui une fois encore, permet de véhiculer via l’enrobage du champagne, les idéaux de la maison.

Roy Lichentstein (1990) ; Matta (1998) ; Zao Wou-Ki (2003)

Fragments d’œuvre
De l’art optique à la photographie, les formats et médiums s’alternent au gré des 13 collaborations, et dressent le portrait d’une création contemporaine depuis la fin du XXe siècle. Collection sans frontière, la famille Taittinger s’entoure de nationalités du monde entier : France, Hongrie, Portugal, Allemagne, Japon, Chili, Chine, Sénégal… Dans un aplat de bleu roi, l’américain Roy Lichtenstein vient sertir en 1990 le millésime 1985. Représentant de l’art pop, il fait poindre un visage criblé de trames Benday (ou Ben-Day), amoncellement de points évoquant les impressions des affiches publicitaires et l’esprit bande dessinée. À ses côtés, les bulles pétillent jusqu’à la l’embouchure et une vigne imposante rappelle toute l’importance du terroir et du travail de la terre. En 2003, l’abstraction de Zao Wou-Ki, originaire de Pékin, nous transporte quant à lui dans un monde de lyrisme et de douceur. Pour le millésime 1998, il propose un champ de tracés vert d’eau s’étirant dans des camaïeux de bleu. Si les symboles n’ont cette fois-ci pas d’évocation tangible, elle puise dans notre poésie et nous inspire une fraîcheur. Ici peut-être une libellule, et trônant au milieu de cette nature, un soleil à son zénith. Des fragments d’œuvres de chaque artiste, avec également Arman, André Masson, Vieira da Silva, Hans Hartung, Toshimitsu Imaï, Corneille, Matta, Robert Rauschenber et Amadou Sow. À découvrir non pas sur des cimaises, mais dans la Taittinger Collection.

Rauschenberg (2007) ; Amadou Sow (2011)
Plus d’informations sur la Taittinger Collection sur Taittinger.com
1ère image : Viera da Silva (1988) ; Corneille (1996) ; Hans Hartung (1992) ; Imaï (1994) ; Arman (1985) ; Victor Vasarely (1983) ; André Masson (1987) © Cambi Casa d’Aste 2021.

Texte : Marie-Charlotte Burat