Avec Reg’Arts, le fonds de dotation Philanthropic ArsNova propose un parcours sensible dans les arts visuels aux jeunes Apprentis d’Auteuil.
L’émotion est encore palpable à l’heure de partager le souvenir. « Nous étions avec le galeriste Xavier Eeckhout, qui est également le président de la foire FAB Paris, l’un de nos grands partenaires. Dans sa galerie, il s’est spécialisé dans la sculpture animalière. À chaque rencontre avec les enfants et les jeunes, il trouve toujours le mot juste. Il se met à leur hauteur. Un jour, alors que nous leur avions expliqué qu’il fallait absolument éviter de toucher les œuvres, Xavier a procédé totalement différemment. Il leur a mis des pièces entre les mains, pour qu’ils en éprouvent les contours… Pour que, peut-être, ils puissent y retrouver le geste de l’artiste ». L’image est belle et Marie Rouvillois, la directrice de Philanthropic ArsNova, le fonds de dotation initié par la maison de Champagne Taittinger, trouve dans cette évocation ce qui fait toute la force de son projet. « Il y avait là un acte de confiance très fort ». Dénommé Reg’Arts, ce parcours annuel de découverte des arts visuels propose des rendez-vous réguliers pour initier un public de jeunes bénéficiaires à la diversité des courants et des formes artistiques.
Cette année, Philanthropic ArsNova s’est associé aux Apprentis d’Auteuil, une structure qui, depuis 160 ans, soutient les jeunes en difficulté en les logeant, en accompagnant leur éducation et leur insertion. La Fondation Apprentis d’Auteuil est constituée en un réseau de plus de 400 établissements en France métropolitaine et Outremer, qui accueille des enfants et des jeunes de 6 à 18 ans qui y sont placés au titre de la protection de l’enfance. Concrètement, sur un an, celles et ceux qui prennent part aux rendez-vous de Reg’Arts ont accès à des visites guidées et adaptées d’expositions, préparées avec beaucoup de soin, compte tenu de leurs situations personnelles. « Les médiateurs et médiatrices veillent notamment à ce que les œuvres présentées n’éveillent pas de souvenirs traumatiques chez certains qui, même très jeunes, ont déjà connu un parcours de vie difficile. » C’est pourquoi tout est pensé, élaboré et déployé dans un étroit dialogue avec les encadrants. « Ce sont eux les experts du champ social, pas nous », souligne Marie Rouvillois.
Des partenariats sont conclus pour des accueils sur des événements – FAB Paris et le Salon du dessin –, chez des galeristes, au Musée des Arts décoratifs ou directement dans les lieux de vie de ces enfants et de ces jeunes. Au fil de l’année, ils sont aussi amenés à rencontrer des artistes, à partager avec eux leurs ressentis, et à mettre des mots sur leurs émotions. « Je me souviens des moments qu’ils ont partagés avec le collectionneur Jean-Gérard Bosio. Il accorde une telle attention à chacun de ses interlocuteurs, c’est incroyable. Une fois, il y avait dans le groupe une jeune fille dont l’attention n’était plus captée. Elle pensait à autre chose. C’est un peu normal, surtout quand on est une adolescente. Jean-Gérard Bosio l’a tout de suite remarquée. Il s’est rapproché d’elle et lui a mis dans les mains un éclat de météorite de sa collection. Tout en continuant sa présentation pour les autres. Quelques instants plus tard, il est revenu vers elle pour lui demander ce qu’elle pensait tenir là. Lorsqu’elle a compris de quoi il s’agissait, j’ai vu des étoiles s’allumer dans ses yeux et notre collectionneur a poursuivi sa présentation en nous embarquant, à partir de ce seul objet, dans un formidable voyage dans l’espace et dans le temps. »
Ces moments précieux concernent 20 à 25 enfants à chaque fois, en petits groupes, pour que la rencontre soit aussi qualitative que possible. Et inspirante. Car c’est ensuite à eux de passer à l’action. « Nous tenons absolument à ce qu’ils produisent eux-mêmes un travail artistique, individuellement ». Grâce à un partenariat avec la marque Rougier&Plé, du matériel pour dessiner, peindre, modeler leur est distribué. La Réunion des musées nationaux Grand Palais met également à disposition des enfants des mallettes pédagogiques qui leur permettent de cheminer, par l’art, vers de grands sujets de société tels que la citoyenneté ou le sport. « Nous essayons aussi de leur montrer que, si l’on y prête attention, l’art est partout et que l’on peut en produire sans rien de particulier. » Les sorties dans des parcs sont ainsi l’occasion de collecter des végétaux, de s’initier au collage… Au cours d’autres ateliers créatifs, chacun s’engage dans la réalisation de son autoportrait. Une étape importante de ce parcours. « Cette recherche-ci est hautement symbolique et aussi très engageante. Réaliser son autoportrait, c’est apprendre à se regarder, à se reconnecter à ses émotions, à voir et accepter sa singularité et comprendre que c’est elle qui fait de soi un être unique, qui a toute sa place et qui peut apporter beaucoup à la société ». Une belle ambition pour cette jeunesse aux parcours cabossés. « Le collectionneur Jean-Gérard Bosio a une jolie définition pour qualifier ce que nous essayons de leur transmettre. Il s’agit des ‘3 B’ : le Beau, le Bien, le Bon. »









