À l’occasion de la sortie du Comtes de Champagne Rosé 2013, Dan Roznov signe une réflexion personnelle sur ce champagne, qu’il voit comme le compagnon idéal des longues soirées d’été.

L’été est enfin là. Et avec lui, la saison des barbecues qui peut enfin débuter.

Place aux longues soirées au jardin, qui débordent sur la nuit ; rythmées par des conversations pétillantes, des échanges légers et complices, et des éclats de rire sincères — le tout accompagné de l’odeur fumée des grillades et bien sûr, de jus épiques dans nos verres.

Le choix le plus évident serait de servir des vins légers, adaptés aux plats d’été, comme les rosés de Provence ou un champagne rosé non millésimé. Des options tout à fait valables selon moi mais qui ne répondent pas tout à fait aux contraintes extérieures de température. Sous la chaleur, ces vins ont tendance à s’alanguir, à perdre leur tension à mesure qu’ils s’aèrent. Et personne n’a envie de passer sa soirée à trimballer un seau à glace, la main humide à force de servir.

Il est temps de monter d’un cran.

À choisir, je miserais sur un champagne rosé de prestige, porté par une tension zestée, précise, capable de se déployer lentement. Un vin dont la fraîcheur repose sur le style de la maison et la maîtrise de l’élaboration, plutôt que sur la seule acidité. Un vin traversé par cette légère amertume crayeuse qui signe les grands champagnes. Un vin qui, à mesure qu’il se réchauffe, évoque presque un rouge de Bourgogne aérien. Il se boit avec plaisir, mais jamais trop facilement – il ne faut pas s’enivrer trop vite sous la chaleur. 

Vous l’aurez deviné : je parle de mon bien-aimé Comtes de Champagne Rosé.

Souvent relégué derrière l’aura de sa sœur blonde ultra-célèbre (la cuvée Comtes de Champagne Blanc de Blancs), le rosé n’a pourtant rien d’un second rôle. Véritable incarnation du luxe discret, le Comtes de Champagne Rosé est produit uniquement si les conditions sont réunies pour donner naissance à un grand millésime, et toujours en quantités limitées. Il est élaboré à partir de 60 % de pinot noir et 40 % de chardonnay, avec un assemblage de 13-15 % de vin rouge de Bouzy  selon les années– réputé pour ses pinots aériens – et arrondi avec un dosage de 9 grammes. Et surtout, il vieillit admirablement.

Aujourd’hui, deux millésimes cohabitent sur le marché : 2013, tout en élégance, et 2012, plus opulent. Deux profils distincts, mais animés d’un même souffle bourguignon.

Le 2013 vient tout juste d’être lancé, et il pourrait bien compter parmi les plus aboutis de la maison. Au nez et en bouche, il évoque la mandarine épicée, la fraise des bois, l’orange sanguine, un clafoutis floral posé sur une frangipane vineuse, avec cette signature crayeuse qui lui donne son relief. C’est racé, délicat, croquant, intrigant, énergique, avec une fraîcheur vibrante.

À table, imaginez-le avec un poisson grillé, des travers de porc, du boudin blanc ou des fleurs de courgette : l’accord prend immédiatement vie.

Le 2012 raconte autre chose. Là où 2013 joue la retenue, 2012 affirme sa générosité. On y trouve la framboise, la fraise poivrée, le crémeux de la fleur d’oranger, la brioche toastée aux amandes, avec une pointe de chocolat noir en fond de bouche. Plus ample, plus enveloppant, presque suave, c’est l’âme sœur des viandes rouges.

Associez-le à une côte de bœuf grillée ou à un burger, et laissez la réaction de Maillard faire sa magie lors du contact de la matière juteuse avec le liquide effervescent. Ou mariez-le à du homard : vos invités lorgneront sur votre assiette.  

On pourrait penser qu’un tel champagne appelle forcément la table d’un grand restaurant. 

Je crois l’inverse.

Parce que ce vin demande du temps. Plus de temps que ne l’autorise souvent un dîner au restaurant. Le carafer serait une erreur : il y perdrait sa délicatesse. Je préfère l’ouvrir quatre à six heures avant le service. Comme avec un Vega Sicilia Único, c’est précisément ce qui en fait le compagnon idéal des longues soirées au jardin : il chante pendant des heures.

Ma prochaine soirée se tient demain soir, et il est déjà temps pour moi de de faire mariner les ribs et de préparer les crevettes sur les brochettes – j’ai hâte de les jeter dans les flammes. Michael Jordan disait : « My game is built on fire, not flash » (« Mon jeu repose sur le feu, pas sur l’esbroufe »). C’est littéralement ma devise lorsque j’organise un barbecue. Et avec le Comtes de Champagne Rosé dans nos verres, on a le sentiment que l’été ne fait pas que commencer et qu’il pourrait bien ne jamais finir.


Dan Roznov, alias Champagne Spy, est un entrepreneur suisse et directeur de création, spécialisé dans la création de contenus pour les marques de luxe et d’art de vivre. Il est également le fondateur de la série d’événements Champagne & Friends, organisée entre Zurich et St. Moritz.