Acquis par Pierre-Charles Taittinger dans les années 1930, le Château de la Marquetterie partage une très longue histoire avec le champagne. Au fil des siècles, son sol a été foulé par des personnalités fortes qui ont constitué l’âme des lieux, faisant de la Marquetterie un symbole pour la famille Taittinger.

On l’a aujourd’hui un peu oublié. Mais, Jacques Cazotte fut l’un des hommes les plus mystérieux de son temps, à l’image d’un Restif de La Bretonne, dans les derniers feux de l’Ancien-Régime. Cet « inventeur » de la littérature fantastique fut aussi l’un des propriétaires du Château de la Marquetterie, à Pierry, de 1760 à la Révolution.

Jacques Cazotte portraitisé par Jean-Baptiste Perronneau

Là, il accueillait parfois, au moment des vendanges, ses amis Voltaire et Chénier, à l’occasion de fêtes fastueuses. L’auteur du « Diable amoureux » fut guillotiné en 1792. Le Château de la Marquetterie est une gentilhommière bâtie en 1734 pour une riche famille de drapiers rémois. C’est le neveu d’Ange-Jacques Gabriel – premier architecte du Roi – qui dirige le chantier, conférant à la bâtisse tous attributs de l’architecture savante du classicisme français qui a cours à l’époque.

Le coup de cœur de Pierre-Charles Taittinger
L’autre moment fort de l’histoire de la Marquetterie nous plonge au cœur du conflit mondial lorsqu’en septembre 1915, lors de la première Bataille de la Marne, le général Édouard de Castelnau y installe son état-major. Le général Joffre n’est pas encore maréchal, mais il y siège. Un jeune officier de cavalerie, Pierre-Charles Taittinger, est chargé d’une mission de liaison qui le conduit à l’état-major. Là, il tombe en admiration devant la bâtisse. Il ne l’oubliera plus. Il en fera même l’acquisition vingt ans plus tard avec son beau-frère Paul Evêque et le Château de la Marquetterie deviendra une forme de symbole dans l’histoire de la famille Taittinger. On dit d’ailleurs de la Marquetterie qu’elle est le berceau de l’aventure champenoise de la famille Taittinger.

Entrevue du Général Joffre avec le Général de Castelnau au Domaine de la Marquetterie, au cours de la bataille de la Marne, 1914

Sur les terres de Frère Oudart
Si Jacques Cazotte et Pierre-Charles Taittinger sont les deux grands hommes de l’histoire du Château de la Marquetterie, il en est un troisième dont l’histoire est aussi très attachée à ce terroir. Il s’agit là de frère convers Jean Oudart, un moine né à Dormans qui eut pu devenir vigneron, à l’image de ses ancêtres, s’il n’avait choisi la robe de bure. Au tout début du 18e siècle et avant la construction du château, il est envoyé par son abbaye à Pierry pour y aider la congrégation du lieu à tirer le meilleur parti de ses vignes. Là, son bon vin mousseux de Pierry fera vite la renommée du terroir, rivalisant avec Hautvillers et les successeurs de Dom Pérignon.

Frère Oudart a un don pour le commerce, il exporte son vin à Paris et le vin de Pierry s’installe sur les tables des puissants et jusqu’en Amérique… Ce sont une partie de ces terres, et les vignes attenantes, que les drapiers rémois rachèteront aux moines bénédictins pour y installer leur domaine. Comme les propriétaires successifs, ils cultiveront les raisins de chardonnay et de pinot noir qui font aujourd’hui encore la renommée de Pierry. Plus de trois cents ans après les efforts de Frère Oudart pour faire connaître son vin, la Maison Taittinger commercialise toujours une cuvée renommée attachée à ce terroir : Les Folies de la Marquetterie. Il s’agit là du tout premier champagne de Pierre-Charles Taittinger. Tout un symbole pour la Maison Taittinger.

Texte : Cyrille Jouanno