Le 27 janvier 2026 marque le 270ᵉ anniversaire de la naissance de Mozart. L’occasion de revenir sur la genèse de « La Flûte enchantée », l’un de ses opéras les plus emblématiques.
C’est l’une des œuvres les plus jouées au monde.
Celle qu’on recommande aux non-initiés pour rencontrer l’art lyrique.
La Flûte enchantée n’en finit pas, à mesure qu’on l’écoute, d’exercer sa subtile magie. Sans doute est-ce dû à sa virtuosité musicale, à son intrigue rocambolesque et symbolique. Peut-être aussi sent-on dans cette ultime partition de Mozart, la fougue et le génie d’un homme dont il ne restait que quelques mois à vivre.
L’opportunité d’une (fin de) vie
C’est en mars 1791 que le projet de La Flûte enchantée (originellement Die Zauberflöte) émerge.
Mozart a 35 ans, un paquet de chefs-d’œuvre au compteur, mais une santé vacillante et des poches désespérément vides. Un an plus tôt, son opéra Così fan tutte a fait un four, et les commandes de Vienne se raréfient (le nouvel empereur Léopold II réprouve ses inclinations maçonniques).
Le projet avec lequel il retrouve son enthousiasme lui arrive par son ami et frère en maçonnerie, Emanuel Schikaneder.
L’homme est comédien, metteur en scène, impresario, directeur de troupe et vient d’obtenir la direction du Theater Auf der Wieden : un théâtre populaire des faubourgs de Vienne, dans lequel il fait la part belle au répertoire populaire en langue allemande. Son petit faible ? Les fééries, qui supposent des effets scéniques spectaculaires (à base d’animaux vivants, d’illusionnisme, d’objets animés ou de grosses tempêtes…)
Au printemps 1791, il remet donc à Mozart le livret de La Flûte enchantée pour qu’il en compose la musique.
Mozart entame alors sa partition : il s’agira d’un Singspiel – alternant le chant (Sing) et les dialogues parlés (Spiel) brassant tous les styles musicaux, de la musique savante aux airs populaires, pour réunir à la fois le public averti et profane.

Actions décousues, personnages grotesques ? Ou œuvre cosmique et leçon de philosophie ?
Le livret de La Flûte enchantée déconcerte.
« Quelques-uns vont même jusqu’à prétendre que le compositeur déploierait moins de génie s’il prenait fantaisie au poète de montrer plus de raison » osera plus tard la presse française.
C’est que le texte est la somme de plusieurs inspirations et de plusieurs collaborateurs. À l’origine, Emanuel Schikaneder s’est inspiré de deux contes de fées (Lulu ou la flûte magique et Les Garçons judicieux de Christoph Martin Wieland). Il s’est ensuite entouré de Carl Ludwig Giesecke (l’un des acteurs de la troupe) pour la rédaction des dialogues, tout en recueillant les conseils avisés du baron Ignaz von Born (maître en symbolique maçonnique) et de Mozart lui-même.
Ainsi, derrière l’apparente extravagance de l’intrigue, il faut lire un hommage à la philosophie des lumières, mais aussi quantité d’allusions explicites à la franc-maçonnerie. Sur ce dernier point, quelques mots clés sur un moteur de recherches suffiront à constater l’avalanche d’analyses qu’il existe sur les symboles cachés dans l’œuvre. Rappelons simplement ici que les épreuves auxquelles sont soumis les héros sont très clairement inspirées des rites initiatiques francs-maçons.
Plus largement, c’est toute une réflexion philosophique qui irrigue l’œuvre, sur la nécessité de sortir des « ténèbres » de l’ignorance, d’avancer vers la connaissance et la sagesse, et de s’éclairer soi.
Premières représentations, derniers jours.
C’est à la veille de la répétition générale, que Mozart met un point final à sa partition.
Le 30 septembre 1791 : l’œuvre est enfin prête à résonner pour la première fois. Le Theater Auf der Wieden est complet, mille personnes attendent l’ouverture du rideau.
Ce soir-là, Mozart en personne dirige sa partition depuis son clavecin.
Le succès est fulgurant.
Le compositeur dirigera une partie des représentations suivantes, jusqu’à ce que sa santé lui intime l’ordre de rester alité.
On raconte que sur son lit de mort, c’est vers le spectacle que ses pensées s’envolaient encore. Penché sur sa montre, il imaginait ce qui se jouait sur scène et murmurait : « maintenant, commence le premier acte », « là, c’est l’air de la Reine de la Nuit ».
À bout de force, Mozart finit par s’éteindre le 5 décembre 1791.
Son œuvre restera à l’affiche du Theater Auf der Wieden pendant un an, puis voyagera à l’international, jusqu’à ce qu’elle devienne cet incontournable du répertoire lyrique.


