Le Festival du dessin à Arles donne à voir un art sous-estimé malgré sa valeur, la richesse de ses formes et sa capacité à nous faire découvrir des artistes parfois inattendus à cet endroit de la création. Partenaire de la 4e édition de l’événement, la Maison Taittinger est heureuse d’accompagner la mise en lumière de cette discipline.
Dans le paysage foisonnant des arts visuels, il est un parent pauvre qui méritait bien plus d’attention que celle qui lui était accordée. Le dessin n’est pas le plus exposé. Il a même été oublié, un temps, dans les programmes d’enseignement de bien des écoles d’art. Et lorsqu’il y était présent, c’était alors à titre « d’art préparatoire », et non en tant que production artistique à part entière. Peu valorisé, il est cantonné aux expositions patrimoniales des musées. Pourtant, le dessin est le trait d’union entre différents univers, de la peinture à la bande dessinée. Rendre visibles croquis, esquisses et créations spécifiques dans le monde artistique contemporain, c’est à cette mission que s’est attelé Frédéric Pajak. Lui-même dessinateur, mais aussi écrivain et éditeur des Cahiers dessinés, il a profité de son installation à Arles, voici quelques années, pour y créer un nouveau festival. Capitale incontestée de la photographie en France, Arles est devenue la ville du dessin, dont elle accueille la quatrième édition du festival pendant un mois. Quarante expositions sont ainsi proposées dans tous types de lieux du centre-ville, et notamment dans des ensembles patrimoniaux avec lesquels les productions récentes ou anciennes entrent en résonance.
Frédéric Pajak est le directeur artistique de ce Festival du dessin que préside Vera Michalski, sa complice des Cahiers dessinés. À Arles, il porte un projet à son image. Libre, ouvert et éclectique. Il n’y défend pas « un dessin, une école ou une chapelle. Il offre un panorama exceptionnel sur ce que produit le dessin, en partant d’un critère simple : l’émotion.

Ce formidable dénicheur s’était déjà illustré dès la première édition du festival en exposant les dessins de Victor Hugo, avec le soutien de la Bibliothèque nationale de France. Si l’on connaissait ses paysages, beaucoup ignoraient les « têtes » dessinées par l’auteur. C’est là l’une des originalités du Festival du dessin : présenter des productions oubliées, ou que l’on n’attribuerait pas naturellement à leur auteur. Pour cette quatrième édition, une large place est réservée au dessin italien, au Museon Arlaten, avec l’exposition « Viva l’Italia ! ».
1. Dominique Goblet, Ostende, 17/05/2020, Gouache, Collection de l’artiste, Courtesy Galerie Martel, Paris / 2. Chiara Gaggiotti, L’oreiller, 2024, Courtesy Galerie Mercier / 3. Christelle Roulin, Fribourg, 2024, Acryl sur papier, Collection CREAHM
L’art italien du XXe siècle est méconnu hors d’Italie. Il s’est très peu exporté, et cette « terra incognita » recèle de bien jolies surprises. On y découvre notamment – un peu étonné – des œuvres de jeunesse, des portraits inédits de Pier-Paolo Pasolini, des dessins charnels, pour certains érotiques, de Federico Fellini, ou les recherches très personnelles de Dino Buzzati. À ces grands noms de la littérature s’ajoutent, à Arles, ceux d’artistes tels que Philippe Katerine, choisi par Frédéric Pajak « pour aller vers un public plus jeune et ne pas rester dans un entre-soi », ou Éric Cantona, président d’honneur de cette 4e édition du Festival du Dessin. Depuis des années, le footballeur star des années 1990, reporte ses pensées du moment sur de petits carnets, en mots et en dessins.
On explore, à Arles, le dessin sous toutes ses facettes, en visitant la quarantaine d’expositions prévues mais aussi en se confrontant à la création vivante lors d’un atelier de dessin ambulatoire, un concert dessiné, des temps de création et d’écriture en live, ou encore des projections de films au cinéma Actes Sud – Le Méjan.

Frédéric Pajak défend une vraie subjectivité dans ses choix. Il donne à voir ce qu’il a aimé découvrir. En s’adressant au plus grand nombre, il entend les rendre accessibles à tous. L’art contemporain ne doit pas impressionner le visiteur et le Festival du dessin se veut un événement populaire, mais exigeant. Au fil des ans, aux grands noms du dessin (Sempé, Tomi Ungerer, Jean-Michel Folon…), ce nouvel événement ajoute ceux d’artistes d’aujourd’hui et surprend, à chaque instant, avec ces pas de côté vers la littérature ou le cinéma. Il prouve que le dessin n’est pas un art à déconsidérer. Il est un art premier, celui par lequel, bien souvent, on vient à l’art. Avant même de peindre ou de sculpter. Que l’on souhaite y consacrer sa vie ou en faire un loisir, il reste la meilleure porte d’entrée sur le monde de la création contemporaine.








