Massimo Vitali aime fixer l’image du farniente lorsqu’il est particulièrement intense. Dans l’oisiveté de leurs instants de vacances, le photographe immortalise les bienheureux se délasser sur les bords de plages, les stations de ski ou les boîtes de nuit. Au milieu de la foule, Massimo Vitali capture les moments de vie éphémères d’individus ordinaires.

Il y a le ciel, le soleil et la mer. En se baladant sur les côtes italiennes, Massimo Vitali contemple les baigneurs, ceux qui jouent dans l’eau comme ceux qui se dorent au soleil. Il les regarde avec l’œil du sociologue, car derrière son objectif c’est tout d’abord la curiosité qui l’a poussé à réaliser une série de clichés sur les plagistes de son pays, le besoin de comprendre qui ils sont, ce qu’ils font. Perché à quatre, voire cinq mètres de hauteur sur une estrade, il est en poste, et caché derrière sa chambre photographique, il attend. L’âme de photographe reprend les devants, c’est l’image qui compte, et pour ça, il sait être patient.

Faire une histoire d’un petit rien
Ce qu’il recherche c’est « le bon moment » pour déclencher. Laissant vaquer ses protagonistes du jour à leurs occupations, il observe les histoires se dérouler, s’enchevêtrer, avant de saisir l’image. Tout ce qui peut faire le banal, le quotidien, devient sous son regard, source d’imaginaire. Bien que ce soit le hasard qui ait construit l’ensemble, on reconnaît au premier coup d’œil la patte de l’artiste, le traitement qu’il a opéré au développement : un grand format, où la lumière est aussi éclatante que les couleurs saturées, iodées, et l’atmosphère blanchie par les reflets de la mer. Les plages ne sont pas pour autant son unique terrain de jeu, ni même l’Italie. Où il y a du monde, Massimo va. On le retrouve aussi à l’aise sur le sable fin que dans la poudreuse, dans le grand bassin comme sur la Rambla. Mais où qu’il aille, l’esthétique et le dispositif ne diffèrent pas, et l’on est à chaque fois happé par la plastique de ses photographies, cette vision surplombante qui donne une vision globale, et un petit goût d’infini.

Sous la plage, le pavé
Derrière ses clichés si bien léchés, se cache néanmoins une réalité moins ensoleillée. Massimo Vitali nous dévoile, en deuxième lecture, le portrait d’une société en perte d’identité, portée par des idéaux faussement idylliques, standardisés. En prenant comme angle l’iconographie des vacances, l’artiste pointe du doigt l’absurdité d’un système, où ce temps de congé accordé n’est plus un souffle, une finalité, mais le moteur. Moments trop espérés, trop vite passés, les voyages qui étaient perçus comme un remède à la vacuité en sont devenus l’incarnation. Il redéfinit la notion de loisir, montrant combien celui-ci se plie aux normes, qu’elles soient explicites ou tacites. Partout des barrières, des limites, des lignes, des queues. Avec ce grand angle, il nous montre d’autant plus l’étendue des restrictions. Mais on est loin de l’œil accusateur de Martin Parr. Massimo Vitali ne fait pas preuve de la même sévérité, pas plus d’ailleurs que d’un réel jugement. Un positionnement, tout au plus. Celui d’un spectateur, et ce sont avant tout les relations et les interactions qui comptent à ses yeux. Il n’intente pas un procès au tourisme de masse, et cherche au contraire à faire ressortir l’individualité qui peut s’en dégager. L’attention que l’on doit porter aux détails, le temps que l’on accorde à chacun de ses héros sont autant de subtilités qui nourrissent l’œuvre de Massimo Vitali. Une densité qui ne se calcule pas en termes de quantité mais de personnalités.

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Texte : Marie-Charlotte Burat