Figures majeures de l’art contemporain, Anne et Patrick Poirier redonnent une âme et des couleurs à la chapelle du palais du Tau en signant les nouveaux vitraux qui enrichiront le parcours de visite du futur Musée des Sacres de Reims dont l’ouverture est annoncée pour l’hiver prochain.
Le palais du Tau, uni à la cathédrale de Reims dans l’histoire de France et au Patrimoine mondial de l’Unesco, recèle sa propre chapelle gothique. C’est dans l’intimité de ses hauts murs que les rois pouvaient se recueillir avant le grand tumulte du sacre. Les siècles l’ont dépossédée de ses riches attributs. Récemment encore, la pierre nue de sa nef et ses baies blanches lui conféraient une froide austérité. C’était avant. Avant que le Centre des Monuments Nationaux engage la restauration et le remeublement de cet édifice et charge deux artistes de renom de l’habiller de vitraux contemporains. Tout à la fois plasticiens, archéologues, architectes, sculpteurs, photographes, Anne et Patrick Poirier ont une longue expérience de la création artistique, exprimée à quatre mains depuis qu’ils font couple. Reconnue de par le monde, leur œuvre commune renvoie à la notion de fragilité et de mémoire.
Des plis et des drapés
Pour cette commande particulière, ils n’ont pas eu à chercher loin les références au passé. « Notre travail est toujours étroitement lié aux lieux dans lesquels il est présenté. Quand le CMN nous a demandé d’imaginer des vitraux pour cette chapelle palatine, nous l’avons d’abord regardée avec la plus grande attention, comme nous avons observé la cathédrale. Les plis et les drapés nous ont d’emblée inspirés. Ils sont partout présents : dans les sculptures sur la façade, dans les tapisseries du palais, sur le grand manteau du couronnement… Ces motifs récurrents nous ont fait penser aux fenêtres que l’on recouvrait de grandes tentures au Moyen-âge. Nous avons ainsi choisi de traiter les vitraux comme des voilages pour redonner de l’intimité à ce lieu chargé d’histoire, y apporter de la lumière, de la chaleur et des couleurs. »

Un mécène par vitrail
Ce qu’Anne et Patrick Poirier ont dessiné sous ces inspirations est passé entre les mains industrieuses des ateliers Duchemin et Simon-Marq avant d’être exposé grandeur nature le 29 janvier dernier lors de la pose de cinq des treize vitraux monumentaux. Déclinés selon les couleurs du spectre, ils balaient le sol de reflets chatoyants. « À l’extrémité supérieur de chaque tenture, nous avons laissé un petit morceau de ciel bleu, évocation d’un visage ou d’un coin de paradis. » Compte tenu de l’envergure financière du projet, le CMN a fait appel au mécénat : un mécène par vitrail, une couleur pour chacun. Aux côtés de la Fondation du patrimoine se sont mobilisés des entreprises privées et des soutiens tels que le fonds de dotation Philanthropic ArsNova. Une évidence pour Marie Rouvillois, directrice de ce dernier : « Cette opération qui allie préservation du patrimoine et geste artistique contemporain s’inscrit parfaitement dans la vision que nous portons. De surcroît, elle entre en résonance avec la toute première action portée par Philanthropic ArsNova en 2024 qui concernait déjà la restauration d’un vitrail, celui de Lalique dans l’église Saint-Nicaise à Reims. »
À l’hiver prochain, lorsque le Musée des Sacres ouvrira ses portes au public, la chapelle du palais du Tau retrouvera ainsi la lumière qui lui manquait depuis des siècles.






